Corps d’esprit

un poème de Christian Skimao publié à l'Atelier de l'Exil.

Corps premier

Du temple marmoréen

Le plongeur en apnée fatale

Aux songes s’accroche

Mélancolie des profondeurs

Ô astrologues

J’étais écoulement végétal/De couleur fraise écrasée

Limace des certitudes/Mon ambition s’effrite

Redoute à Beyrouth

Les Bretons qui récitaient par là…

Au commencement la Terre était plate

Le tracé d’un crayon lui a donné du volume

Corps second

Du temple souverain

L’insolent fronton

De blancheur inonde

Le peuple assoupi

Ô penseurs

J’étais écroulement animal/De couleur laitue compassée

Ver des silences/Mon ardeur se composte

Déroute à Beyrouth

Les Bambaras qui sculptaient par là…

Au commencement les racines étaient comestibles

Un coup de pinceau en a fait des nymphéas

Corps troisième

Du temple souterrain

Les grands Anciens

Leurs fureurs dispensent

Pleines d’anamorphoses

Ô rédacteurs

Les Berbères qui peignaient par là…

Au commencement Ève était immortelle

Une pomme feinte a changé la donne

J’étais écouvillonnement verbal/De couleur pain banal

Escargot des amplitudes/Ma fougue se délite

Stout à Beyrouth

Corps glorieux

Sur des bancs de sable

Lourdement se prélassent

Des otaries d’espoirs

Longitude et latitude s’embrassent

Ô géographes

Les Barbares qui détruisaient par là…

J’étais faux marbres peints/J’étais rochers picturaux/J’étais glacis odorants

Le vin des dieux attire les étourneaux

Le vin des vieux attire les jeunes

Le vin des cieux attire les sexes

Les Barbares qui construisaient par là…

J’étais pensée nomade/J’étais corne de rhinocéros/J’étais brique dorée Christian Skimao